L’ascension de notre Seigneur Jésus Christ

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Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc au chapitre 16

15  Jésus ressuscité dit aux onze Apôtres : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création.
16  Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné.
17  Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils chasseront les esprits mauvais ; ils parleront un langage nouveau ;
18  ils prendront des serpents dans leurs mains, et, s'ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s'en trouveront bien. »
19  Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s'assit à la droite de Dieu.
20  Quant à eux, ils s'en allèrent proclamer partout la Bonne Nouvelle. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l'accompagnaient.

 

KarlsKirche Vienne

 

 

 

 

Fresque de la coupole de la Karlskirche de Vienne.    

 

Le Fils est rentré à la maison ! Exalté par Dieu, le Messie reçoit l’anneau et la robe nuptiale…on pourrait multiplier les images car il y a comme une saturation de joie : au moment où le Ressuscité est enlevé à l’amitié de ses disciples, tout exulte, mais dans une retenue toute intérieure. L’Ascension est à la fois séparation et confirmation :

                                                                  Séparation

C’est votre avantage que je m’en aille ; en effet, si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; si, au contraire, je pars, je vous l’enverrai. (Jn 16, 7)

« C’est pour votre bien que je pars » : En attendant Pentecôte et le don de l’Esprit aux hommes, Jésus ressuscité a pris le temps d’accompagner encore ses disciples dans cette totale nouveauté pour eux : Vivre à présent dans la lumière de la mort vaincue. Les apparitions du Ressuscité les constituent « Apôtres », c'est-à-dire mandatés pour le témoignage unique et direct rendu à Jésus. Mais d’une certaine manière, la gloire du Christ « est encore voilée sous les traits d’une humanité ordinaire » (CEC 659).

Avec l’élévation vers le ciel qui manifeste la gloire divine du Christ, les disciples ne verront plus Jésus le fils de Marie avec leurs yeux de chair. Désormais, c’est par la médiation de l’évangile proclamé et celle du témoignage de ceux qui vivent selon cet évangile, que nous pouvons connaître le Christ.

Car si nous avons connu le Christ selon la chair, à présent, nous ne le connaissons plus de cette manière ; aussi, quiconque est en Jésus Christ, est une créature nouvelle. Les choses anciennes sont passées ; voyez : tout est devenu nouveau !

Tout cela vient de Dieu qui nous a réconciliés avec Lui par Jésus Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation  (2 Co 5, 15-18).

Connaître le Christ c'est alors re-naître avec lui, entrer réconcilié dans l’intimité de Dieu. Une telle intimité est bien plus que l’adhésion sur un ouie dire. Elle devient possible pour chacun avec l’Esprit. L’Esprit Saint, c’est Dieu qui, invisiblement, mais très réellement, vient dans les cœurs qui l’accueillent. Aucun mot de la terre ne peut traduire cette expérience d’être rejoint et aimé jusque-là ! C’est la joie chrétienne, une joie si profonde que nul ne peut l’enlever à celui qui l’a reçue de Dieu, pas même la détresse.

C’est ainsi que vous êtes maintenant dans l’affliction ; mais je vous verrai à nouveau, votre cœur, alors, se réjouira, et cette joie, nul ne vous la ravira. Ainsi, ce jour-là, vous ne m’interrogerez plus sur rien. (Jn 16, 22-23)

                                                                  Confirmation

L’Ascension est donc la séparation qui clôt le temps du ministère de Jésus de Nazareth et de ses apparitions après sa résurrection d’entre les morts. Mais l’Ascension est surtout confirmation : Celui qui avait dit « qui me voit, voit le Père » ou encore : « Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde ; tandis qu’à présent, je quitte le monde et je vais au Père » (Jn 16, 28), est vraiment celui qui « monte » vers le Père. Ce langage d’exaltation – Il est monté – éclaire l’identité divine de Jésus de Nazareth. Le fils de Marie, de la race de David, comme le rappelle Paul dans l’une des très rares allusions à l’humanité concrète du Christ, est le Verbe de Dieu, celui que Dieu a envoyé dans le monde, celui par qui le monde est sauvé. Il est donc celui qui peut envoyer l’Esprit Saint qui vient de Dieu, qui vient comme Dieu. Il est au sens propre des mots, le Fils unique du Père, engendré, non pas créé, de même nature que le Père comme le confessera le Concile de Nicée :

Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Écritures, et il monta au ciel. Il est assis à la droite du Père. Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts ; et son Règne n’aura pas de fin.


Vidéo importée du site dominicains de France (youtube)

Psaume 23

L’Ascension nous concerne !

La résurrection rend témoignage à Jésus : celui qui a été condamné pour blasphème par les Anciens et les prêtres, celui-là même a été remis debout par la justice divine. Celui que les hommes ont rejeté, Dieu l’a ressuscité. D’une certaine façon, la Résurrection concerne Jésus, et lui seul. Considérée extérieurement, elle pourrait être comprise comme la rétribution accordée par Dieu à son seul Envoyé après tant de souffrance imméritée. Mais alors, en quoi la Résurrection du Christ nous concernerait-elle tous ?

Livré pour nos fautes, ressuscité pour notre justification. (Rm 4,25)

C’est pour nous, pécheurs, que le Christ est mort, pour notre justification qu’il est ressuscité (Rm 4).

Par sa mort, nous avons été lavés du péché, réconciliés avecDieu.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        En manifestant que Jésus est le Fils éternel partageant la gloire de Dieu, l’Ascension lève le voile qui demeurait encore sur le visage humain de Jésus : le Christ est le Fils sur qui repose l’Esprit Saint comme l’éternel engendrement du Père : « Dieu est Amour » traduit exactement cette relation intime entre les Personnes divines.

Que dire encore ? En devenant l’un des nôtre, le Fils de Dieu, Jésus Christ, a voulu rester pour toujours l’un des nôtres, le premier des enfants de Dieu : Un de la Trinité a pris chair ; et devenu homme, il l’est resté pour l’éternité.

Car le sanctificateur et les sanctifiés ont tous une même origine ; aussi ne rougit-il pas de les appeler frères. (Hb 2,11)

Puisqu’il a voulu « partager notre condition en toute chose excepté le péché », il nous associe à présent à sa divinité : ce qu’il est par nature, Fils de Dieu, nous le devenons par adoption dans l’Esprit Saint par le baptême de renaissance. Pentecôte fera éclater cette création nouvelle : Celui qui est monté auprès de Dieu partage avec les siens ce qu’il a de plus propre : l’Esprit Saint devenu l’hôte intérieur de l’homme réconcilié. En son nom, l’Amour a été répandu dans les cœurs, et nous voici « choisis pour servir en sa Présence » !

L’Ascension manifeste ce que Jésus est éternellement ; Pentecôte fait advenir ce que nous devenons en lui.

Pâques, Ascension et Pentecôte ne sont qu’un seul et même mystère : Celui de la gloire de Dieu et de notre salut. Dans la célébration eucharistique, au moment de l’offertoire, le diacre annonce le sens du geste de l’eau versée dans le calice qui deviendra la coupe de notre salut :

« Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité »

" Il est parti le Bien Aimé, c’est pour nous !"

Olivier Messiaen, Petites liturgies de la présence divine (1945)

Piano solo, ondes Martenot solo, chœur de voix de femmes à l'unisson, ensemble de 3 percussions (vibraphone, célesta, maracas), orchestre à cordes (4 premiers violons, 4 seconds violons, 3 altos, 3 violoncelles et 2 contrebasses)

L’Ascension ouvre le temps de la communion entre le ciel et la terre. Le départ de Jésus pour le ciel marque le don de l’ubiquité par amour. Désormais, le Seigneur est avec son Église, en tout lieu, tout entier en chaque lieu, présent à chacun, offert dans l’oblation eucharistique qui nous réunit au Corps mystique dont il est la tête.

L’Église de la terre est entrée dans le temps intermédiaire, celui de la longue marche vers l’accomplissement de ce qui a déjà commencé, de ce qui, déjà, est donné et doit s’accomplir. C’est le temps de l’Église qui travaille, qui prie, qui annonce Celui qui la fait vivre. Temps de combat spirituel et temps de la grâce donnée en abondance. Avec ceux qui nous précèdent, avec tous les hommes, avec les Anges, chaque jour, les chrétiens prient avec le Christ :

Notre Père qui es aux cieux

Que Ton Nom soit sanctifié

Que ton Règne vienne sur la terre comme au ciel…

Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit.

Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps (Mt 28, 18-20).